Sous le patronage des Grands…

Hemingway, Baudelaire, Stephen King, Maupassant, ils ont tous quelque chose à nous dire sur l’écriture.

Que vous inspirent leurs conseils ?

Galvanisants, impressionnants, intelligents, courageux ?

Et vous, qu’en diriez-vous ?

Vladimir Nabokov

« La littérature n’est pas née le jour où un jeune garçon criant « au loup, au loup ! » a jailli d’une vallée néandertalienne, un grand loup gris sur ses talons : la littérature est née le jour où un jeune garçon a crié « au loup, au loup ! » alors qu’il n’y avait aucun loup derrière lui. »Vladimir Nabokov

Ernest Hemingway

Dix conseils à suivre – oh si facilement, voyez plutôt !

1. Soyez amoureux.

2. Épuisez-vous à écrire.

3. Fréquentez les écrivains du « bâtiment ».

4. Ne perdez pas votre temps.

5. Écoutez de la musique.

6. Regardez de la peinture.

7. Lisez encore et encore.

8. Ne cherchez pas à vous expliquer.

9. Soyez à l’écoute de ce qui vous fait plaisir.

10. Taisez-vous.

Charles Baudelaire

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Baudelaire, Le Spleen de Paris, XXXIII

Stephen King

Quelques-uns des conseils d’écriture qu’il distille dans ses Mémoires d’un métier.

Écrire rend heureux. « Le but de l’écriture n’est pas de faire de l’argent, de devenir célèbre, de décrocher des rendez-vous, s’envoyer en l’air ou se faire des amis. Finalement, il s’agit d’enrichir les vies de ceux qui liront votre œuvre, et d’enrichir aussi votre propre vie… J’ ai écrit pour le simple plaisir. Et si vous le faites pour pour le plaisir, vous pourrez le faire pour toujours. »  

– Ne pas utiliser la forme passive. « Les écrivains timides aiment les verbes passifs pour les mêmes raisons que les amoureux timides aiment les partenaires passifs. La voix passive est sans risque. » 

– Faire des paragraphes. « Les paragraphes sont aussi importants sur le plan visuel que sur le plan significatif: ils sont les signes de l’intention. » 

– Ne pas être exhaustif dans les passages descriptifs. « La description commence dans l’imagination de l’auteur, mais doit finir dans celle du lecteur de manière à ce qu’il frémisse de reconnaissance. » 

– Faire une pause. « Lire votre livre après six semaines de vacances peut être une expérience étrange, voire stimulante. » 

– Écrire et lire tout le temps. « Si vous voulez être écrivain, vous devez privilégier deux choses: lire beaucoup et écrire beaucoup. Si vous n’avez pas le temps de lire, alors vous n’avez pas le temps (ou les outils) pour écrire (…) »

Guy de Maupassant

« Le talent est une longue patience. Il s’agit de regarder tout ce qu’on veut exprimer assez longtemps et avec assez d’attention pour en découvrir un aspect qui n’ait été vu et dit par personne. Il y a, dans tout, de l’inexploré, parce que nous sommes habitués à ne nous servir de nos yeux qu’avec le souvenir de ce qu’on a pensé avant nous sur ce que nous contemplons. La moindre chose contient un peu d’inconnu. Trouvons-le. Pour décrire un feu qui flambe et un arbre dans une plaine, demeurons en face de ce feu et de cet arbre jusqu’à ce qu’ils ne ressemblent plus, pour nous, à aucun autre arbre et à aucun autre feu. C’est de cette façon qu’on devient original. »

« Il n’est point besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois qu’on nous impose aujourd’hui sous le nom d’écriture artiste, pour fixer toutes les nuances de la pensée; mais il faut discerner avec une extrême lucidité toutes les modifications de la valeur d’un mot suivant la place qu’il occupe. Ayons moins de noms, de verbes et d’adjectifs aux sens presque insaisissables, mais plus de phrases différentes, diversement construites, ingénieusement coupées, pleines de sonorités et de rythmes savants. Efforçons-nous d’être des stylistes excellents plutôt que des collectionneurs de termes rares. Il est, en effet, plus difficile de manier la phrase à son gré, de lui faire tout dire, même ce qu’elle n’exprime pas, de l’emplir de sous-entendus, d’intentions secrètes et non formulées, que d’inventer des expressions nouvelles ou de rechercher, au fond de vieux livres inconnus, toutes celles dont nous avons perdu l’usage et la signification, et qui sont pour nous comme des verbes morts. »

Charles Dickens

N’expédiez pas une histoire de six mille mots avant le petit déjeuner. N’écrivez pas trop. Concentrez vos efforts sur une seule histoire plutôt que de vous disperser sur une douzaine. Ne flânez pas en sollicitant l’inspiration ; précipitez-vous à sa poursuite avec un gourdin, et même si vous ne l’attrapez pas vous aurez quelque chose qui lui ressemble remarquablement bien. Imposez-vous une besogne et veillez à l’accomplir chaque jour ; vous aurez plus de mots à votre crédit à la fin de l’année.

Étudiez les trucs des écrivains arrivés. Ils se sont rendus maîtres des outils sur lesquels vous vous cassez les ongles. Ils font des choses, et leur oeuvre porte la preuve intrinsèque de la façon sont elle est faite. N’attendez pas que quelque bon Samaritain vous le dise, mais fouillez vous-mêmes.

Veillez à ce que vos pores soient ouverts et votre digestion bonne. C’est, j’en suis persuadé, la règle la plus importante de toutes. Et ne me lancez pas Carlyle à la figure, s’il vous plaît.

Ayez un carnet de notes. Voyagez avec lui, mangez avec lui, dormez avec lui. Notez-y tout ce qui vous vient à l’esprit. Le papier bon marché est moins périssable que la matière grise, et les notes au crayon à mine de plomb durent plus longtemps que la mémoire.

Et travaillez. Écrivez ce mot en majuscules, TRAVAIL, TRAVAIL tout le temps. Découvrez cette terre, cet univers ; cette force et cette matière, depuis la larve jusqu’à l’Esprit divin. Et par tout cela je veux signifier que le TRAVAIL est une philosophie de la vie. Vous n’êtes pas blessé par ce que votre philosophie de la vie peut être fausse, dès l’instant où vous en avez une et l’avez bien.

Les trois grands principes sont : BONNE SANTÉ, TRAVAIL, et une PHILOSOPHIE DE LA VIE. Je pourrais en ajouter, je dois même en ajouter une quatrième : la SINCÉRITÉ. Sans cette dernière, les trois précédents ne servent à rien. Avec elle, vous pouvez accéder à la grandeur et siéger parmi les géants.

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